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Conduite d’un chantier : les pré-requis fondamentaux

par | 31 mai 2020 | Gestion Patrimoniale | 0 commentaires

Pascal Compérat, consultant bénévole à la Chambre, exerce le métier d’architecte depuis plus de 35 ans. Dans cet article, il nous livre les éléments clés qui selon lui contribuent à la réussite d’un chantier. Comment peut-on vivre dans un chantier pareil ! Quel n’a été parmi nos adhérents et nos fidèles lecteurs celui ou celle […]

Pascal Compérat, consultant bénévole à la Chambre, exerce le métier d’architecte depuis plus de 35 ans. Dans cet article, il nous livre les éléments clés qui selon lui contribuent à la réussite d’un chantier.

Comment peut-on vivre dans un chantier pareil ! Quel n’a été parmi nos adhérents et nos fidèles lecteurs celui ou celle qui, une fois dans sa vie, n’a eu son esprit traversé par cette pensée, souvent en entrant dans la chambre de ses enfants et en y découvrant un chaos indescriptible… J’exerce la profession d’architecte depuis bien des années et de ce fait je suis quotidiennement présent sur des chantiers. Or, je dois avouer que ce n’est que récemment que m’est apparue à l’esprit l’évidence selon laquelle, pour le commun des mortels, un chantier est synonyme d’un désordre et d’une inorganisation qui atteignent souvent des sommets réputés inaccessibles !

Selon le Larousse, un chantier est “un endroit où sont entassés ou travaillés des matériaux de construction” ou un “terrain où l’on procède à des travaux de réparation ou de construction.” Rien ne saurait dans ces définitions – mis à part éventuellement le terme “entassés” – présenter une quelconque analogie avec les situations cataclysmiques qui me sont souvent décrites par les adhérents lors de mes consultations hebdomadaires et que j’ai très souvent constatées dans les opérations de maîtrise d’œuvre que j’assure. Et ce, même si une certaine habitude provoque sans aucun doute au fil des années, non pas une certaine cécité, mais une indéniable baisse de l’acuité visuelle ! De lassitude néanmoins point n’en est, celle-ci étant fortement compensée par les décharges d’adrénaline que génère toujours pour un architecte le fait de répéter toujours la même chose et de constater que ses remarques ne sont guère suivies d’effets… Il m’a semblé indispensable de préciser, au sein de cet article, quelques notions de base qui permettront à nos lecteurs d’éviter certains écueils et d’envisager de manière plus sereine la venue d’un futur chantier qui, quelle que soit son importance, est souvent synonyme d’angoisse et d’insomnies.

LES DIFFÉRENTS INTERVENANTS

Nous commencerons par rappeler au sein de cet article qui fait quoi sur un chantier, l’expérience permettant de constater régulièrement qu’une certaine confusion règne quant aux attributions exactes des différents intervenants. A tout seigneur tout honneur, nous commencerons par rappeler que la maître d’ouvrage est le client qui recrute un maître d’œuvre – du moins cela est-il fortement conseillé – généralement un architecte – du moins cela est-il très fortement conseillé – et qui commande des travaux à des entreprises. La confusion est fréquente entre maître d’ouvrage et maître d’œuvre. Voici un moyen simple de ne plus la faire : un ouvrage est une oeuvre achevée et il est la propriété de la personne ayant commandé et payé les travaux. Une œuvre, quant à elle, est la réalisation d’un ouvrage qui deviendra la propriété du client.

En résumé, le maître d’œuvre assure la réalisation des travaux qui, une fois leur exécution terminée, représentent un ouvrage devenant la propriété du client qui est alors le maître de l’ouvrage. Notons que le maître d’ouvrage peut également déléguer sa fonction à un autre maître d’ouvrage qui devient alors maître d’ouvrage délégué.

Par exemple, c’est le cas lorsqu’une copropriété est représentée par son syndic dans le cadre de travaux effectués sur des parties communes d’un immeuble tels qu’un ravalement, une réfection de toiture, la rénovation de cages d’escalier, etc. A ces deux intervenants fondamentaux s’ajoutent le coordonnateur SPS, qui assume, en respect de la législation en vigueur, le contrôle de la Sécurité et de la Protection de la Santé des ouvriers des entreprises ainsi que des différents bureaux d’études (en structure, en acoustique, thermiques, etc), qui assistent le maître d’œuvre dans des domaines dans lesquels il n’est pas suffisamment qualifié. Le maître d’ouvrage fait parfois appel à un bureau de contrôle. Sa fonction ne comporte aucune part de conception et est strictement limitée au contrôle des ouvrages exécutés par rapport aux dossiers du maître d’œuvre et aux normes applicables en matière de travaux de bâtiment dont les plus connus du grand public sont Socotec, Veritas, l’Apave et Qualiconsult.

Bien entendu s’ajoute à la liste de ces intervenants celle des entreprises œuvrant pour la réalisation des ouvrages et sans lesquelles il ne saurait y avoir d’acte de construire.

NÉCESSITÉ DES ÉTUDES

La réussite d’une opération de construction repose en très grande partie sur la qualité des études dont la réalisation précède la construction proprement dite, que ce soit au travers de l’établissement des plans qu’au travers de la rédaction des pièces écrites.

UN MAÎTRE D’OEUVRE INDIPENSABLE

Il me semble nécessaire que le maître d’ouvrage recrute un maître d’œuvre, de préférence un architecte. En effet, un architecte présente l’avantage notable, mis à part la qualité artistique de sa formation, d’être inscrit à un ordre professionnel qui assure le respect de la déontologie de la profession. Il évite aussi certaines dérives, notamment financières, qui sont fréquemment rencontrées dans des chantiers non dirigés par un architecte.

Par ailleurs, il assure la coordination entre les différents intervenants précédemment décrits en qualité de mandataire de l’équipe de maîtrise d’œuvre ainsi que la direction et le contrôle des travaux dont l’achèvement précède la réception permettant de bénéficier des différentes garanties, notamment la garantie décennale. Nombreux sont les adhérents qui me décrivent les situations inextricables et parfois ubuesques et kafkaïennes auxquelles ils se trouvent confrontés en l’absence de maître d’œuvre pour diriger leur chantier. Sa présence est indispensable pour contrer les prétentions souvent abusives des entreprises, concernant généralement les dépassements de budget résultant de prestations non prévues. Le rôle d’un architecte est également d’empêcher les prolongations de délai qui entraînent des frais financiers importants.

Rappelons-le une fois encore, n’est pas architecte qui veut. Penser pouvoir diriger un chantier sans en avoir les compétences représente une parfaite utopie. La direction d’un chantier est déjà assez difficile pour ceux qui possèdent justement ces compétences.

LE CHOIX DES ENTREPRISES

Une attention particulière doit bien entendu être apportée au choix des entreprises à consulter dont le nombre doit être raisonnable. Il convient ici de battre en brèche le mythe du devis gratuit auquel sont généralement si attachés les maîtres d’ouvrage privés et notamment les copropriétés. Les frais d’établissement des devis sont évidemment répercutés sur le montant des devis. Il faut également être particulièrement attentif à la qualification des entreprises. A ce sujet, en ma qualité d’architecte représentant de la Chambre nationale des Propriétaires au sein de la Commission nationale de référencement Qualibat, je suis en mesure d’attester de l’extrême rigueur avec laquelle nous procédons à l’examen des dossiers de demande d’attribution de ces qualifications. DES ASSURANCES

INCONTOURNABLES

Il est important de vérifier que les entreprises soient bien assurées, que leur assurance couvre la période d’exécution des travaux et qu’elle correspond bien aux activités du chantier. En effet, une entreprise assurée en plomberie peut proposer de réaliser de la menuiserie et inversement… J’ai toujours trouvé particulièrement surprenant que la législation en vigueur n’impose pas à une entreprise de joindre à son devis une copie de ses attestations d’assurance. Cette obligation mettrait très certainement fin aux situations auxquelles sont confrontés bon nombre de nos adhérents qui semblent être surpris lorsque je leur demande s’ils ont bien pensé à demander aux entreprises leurs attestations avant de leur confier un chantier. Il ne faut jamais confier un chantier à une entreprise sans avoir eu communication de ses attestations d’assurance et sans avoir procédé à leur vérification, y compris en contactant la compagnie les ayant délivrées en cas de doute avéré ! Rappelons enfin, pour clore ce sujet des assurances, que les garanties biennales et décennales dont bénéficient les travaux sont imposées par la législation en vigueur. Il en est de même pour la garantie en responsabilité civile. Une entreprise ne peut donc pas utiliser comme argument le fait d’être assurée afin d’obtenir des marchés puisque c’est obligatoire. Il importe d’en finir avec “l’entreprise était plus chère, mais elle me donne en plus une garantie décennale”. Elle peut certes être plus chère au cœur de son client… mais elle ne peut aucunement se dispenser légalement d’apporter cette garantie décennale qui ne représente nullement un cadeau et ne peut justifier aucune augmentation du coût des travaux. Que cela soit écrit une fois pour toute.

CLAUSES DES MARCHÉS

Il convient d’être particulièrement vigilant concernant les clauses des marchés de travaux qui constituent le contrat liant l’entreprise au maître d’ouvrage. Généralement rédigées par le maître d’œuvre, elles doivent préciser la nature des travaux, leur montant exact, révisable et/ou actualisable en fonction des accords pris entre les parties, la durée de leur exécution et les pénalités de retard en cas de dépassement de ce délai.

D’autres clauses peuvent figurer dans le contrat et sont négociées entre l’entreprise et son client préalablement à la rédaction du document. Précisons que le Cahier des Clauses Administratives Générales qui peut faire partie des pièces constitutives du marché – au même titre que les documents graphiques, pièces écrites, calendrier d’exécution et documents divers – est régi par la norme AFNOR P03-001 publiée sur le site de l’AFNOR le 20 octobre 2017, la précédente datant de décembre 2000, soit il y a 19 ans… Un sérieux dépoussiérage s’imposait ! J’insiste ici sur la grande importance que présentent les phases de préparation d’un chantier. Elles sont garantes de sa réussite. Il n’existe pas de chantier durant lequel il n’y a pas de situations imprévues. Les anticiper dans la mesure du possible permet de les gérer dans des conditions nettement plus satisfaisantes.

LA GESTION DU CHANTIER

Selon l’adage populaire, c’est au pied du mur que l’on reconnaît le maçon et c’est certainement au pied du chantier que l’on reconnaît l’architecte ! La gestion d’un chantier, comme toute situation impliquant des rapports humains, est fonction du caractère des intervenants. Elle doit, à mon sens, combiner de manière harmonieuse souplesse et autorité, l’expérience prouvant qu’une rigidité excessive n’apporte généralement pas de bons résultats. Il importe néanmoins de ne pas faire preuve de la négligence et du laxisme qui sont généralement la porte ouverte à bien des aléas techniques et financiers, la nature ayant horreur du vide et les entreprises n’hésitant pas à profiter de tout manquement avéré d’autorité. Il est primordial que, dès le début des travaux, un responsable soit bien identifié et que ce dernier entende assumer de manière pleine et entière ses responsabilités. L’architecte doit assumer une présence régulière sur son chantier au travers de réunions organisées la plupart du temps de manière hebdomadaire.

A l’issue de celles-ci, il doit impérativement rédiger un compte-rendu de chantier et le diffuser aux différents intervenants. Ce compte-rendu, qui constitue la mémoire du chantier, précise l’avancement des travaux sur la base duquel les entreprises seront réglées de leurs prestations par le maître d’ouvrage. Cette précision est fondamentale en cas de disparition de l’entreprise en cours de chantier…

Ce document recense également les différents problèmes rencontrés lors du chantier et les solutions – parfois dérogatoires aux accords initialement conclus entre les parties – qu’il convient de mettre en œuvre afin d’y remédier. Le monde étant ce qu’il est, il est bien évident que les entreprises préparent la visite hebdomadaire de l’architecte et c’est là que les visites inopinées de chantier prennent toute leur importance, un petit passage rapide sur place permettant très souvent de constater bien des choses que la visite hebdomadaire ne permet pas de mettre en évidence. Il faudra également vérifier l’origine des produits et matériaux mis en œuvre par un simple examen de leur emballage et de leur contenant, simplement au cas où…

Et une simple conversation avec les compagnons présents permettra fort souvent de détecter la présence de sous-traitants non déclarés, problème récurrent du bâtiment ayant fait l’objet d’un récent article dans notre revue (Revue de l’Habitat n°643 – novembre 2018). Le contrôle de la gestion financière du chantier revêt aussi une importance particulière afin d’éviter tout dérapage du budget alloué à l’opération. Il est également indispensable d’apporter la plus grande rigueur au respect du calendrier d’exécution des travaux. En résumé, un bon chantier est un chantier exécuté pour le montant d’origine des travaux et dans le délai prévu !

A peu de chose près bien entendu… Une attention particulière devra être apportée aux opérations de réception des travaux, notamment en ce qui concerne les réserves devant être portées aux procès-verbaux, compte tenu du caractère définitif de ces opérations. Toute réserve non mentionnée au sein d’un procès-verbal peut être et est généralement contestée par l’entreprise.

Précisons enfin que le fait pour un maître d’ouvrage de ne pas accepter de réceptionner un ouvrage constitue une erreur fondamentale, très souvent commise, aucune garantie ne s’appliquant à des travaux non réceptionnés.

Avec ou sans réserves, il est absolument impératif de réceptionner un chantier. Il est fortement préconisé de suivre à ce sujet les conseils du maître d’œuvre qui ne propose de procéder à cette réception que lorsqu’il considère que les travaux ont été parfaitement exécutés ou que la nature et le nombre des réserves ne justifient pas de différer cette réception.

Nous espérons au travers de cet article avoir attiré votre attention sur les pré-requis fondamentaux d’un chantier et sur la conduite élémentaire de celui-ci. Cependant, la franchise que je dois à nos lecteurs m’oblige à admettre que j’en apprends encore chaque jour à ce sujet, raison certainement pour laquelle je ne me lasse pas d’exercer cette profession depuis plus de 35 ans…

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